16.03.2011 | La Suisse doit s'armer pour faire face au flot de réfugiés
Conseil national - Session de printemps 2011 - Treizième séance - 16.03.11-08h20 - Interpellation urgente groupe libéral-radical. La Suisse doit s'armer pour faire face au flot de réfugiés. La vidéo de mon intervention à la tribune Le texte du discours Je souhaiterais en premier lieu souligner le caractère de la révolution en Afrique du Nord où on a vu la jeunesse des différents pays se soulever pour sa liberté, et cela dans la dignité et finalement sans heurts majeurs. Il faut noter que dans tous les pays l'armée n'a pas suivi ses dirigeants, à l'exception, c'est vrai, de la Libye et du Yémen, où la situation est plus complexe avec les conséquences désastreuses que l'on constate jour après jour. Je voudrais surtout souligner dans ce préambule le fait que cette révolution est le gage à terme d'un avenir meilleur des relations entre le Nord et le Sud de l'Europe, et surtout l'assurance d'une prospérité pour toute une région du globe. La Suisse est historiquement une terre d'asile. Le droit d'asile est inscrit dans la loi, laquelle prévoit que lorsque des citoyens sont menacés ou persécutés dans leur pays, ils peuvent demander l'asile en Suisse. On n'héberge pas, bien sûr, des gens en Suisse quand tout va bien, mais lorsque des personnes fuient leur pays en guerre, la Suisse se doit de les accueillir. Je souhaiterais aussi vous rappeler la situation de la Bosnie il y a quelques années. Ce pays a connu des troubles pendant une période qui a vu affluer en Suisse bon nombre de réfugiés politiques. Mais après un travail sur place, notamment par les organisations internationales, mais aussi par différents acteurs suisses, ces réfugiés sont retournés dans leur pays dès que la situation fut à nouveau stabilisée. Nous devons donc agir sur place dans la mesure, bien sûr, de nos capacités pour que la situation après la révolution évolue dans le bon sens et surtout pour éviter l'implosion générale qui guette. Mais nous devons aussi, en parallèle, accueillir des réfugiés politiques, conformément à la loi et à notre tradition humanitaire. Il existe trois cas de figure auxquels la Suisse doit faire face. Tout d'abord, les personnes qui ont fui leur pays en guerre et qui reviendront dès que la situation sera stabilisée; nous devons donc accueillir ces personnes mais agir en parallèle sur place pour leur permettre de regagner leur pays au plus vite. Ensuite, il existe des personnes qui ont fait l'objet de persécutions personnelles et pour lesquelles la Suisse doit apporter une réponse au cas par cas, selon la gravité de la persécution et surtout en fonction des risques de représailles. Enfin, il existe des personnes qui n'ont fait l'objet d'aucune persécution et qui viennent demander l'asile pour des raisons plutôt économiques que politiques; pour ce type de cas la loi actuelle est suffisante et doit simplement s'appliquer, ce qui veut bien entendu dire qu'une application "saine" de la loi suppose un traitement rapide des demandes afin de ne pas laisser s'installer dans le temps des situations qui ne sont pas désirables. La Suisse n'a pour l'heure pas assisté à un afflux massif de réfugiés politiques, comme certains le redoutaient. Au plus quelques personnes supplémentaires attirées par la prospérité de notre pays ... En Europe, on n'a pas non plus enregistré à ce jour d'augmentation significative de la migration. Depuis le début de l'année, 8000 personnes, venant de Tunisie notamment, sont allées sur l'île de Lampedusa. Compte tenu de l'incertitude qui règne aujourd'hui en Libye, il est hasardeux de faire des prévisions fiables quant à l'évolution future de la migration. Gouverner, c'est prévoir, dit l'adage. Alors, oui, il est juste d'anticiper un éventuel afflux de réfugiés en Suisse, car la taille de notre pays ne permet pas d'accueillir tout le monde. Nous sommes encore très loin d'une situation critique, ce qui ne nous empêche pas de planifier une étroite collaboration avec les cantons dans les domaines de la migration et de l'asile en cas d'afflux massif. Les bouleversements massifs que connaissent actuellement les Etats de l'Afrique du Nord entraîneront dans les prochains mois vraisemblablement une hausse de la migration irrégulière vers l'Europe et vers la Suisse. L'ampleur du phénomène devrait néanmoins être moindre en fonction de certaines craintes qui ont pu être exprimées. Mais, parallèlement, il est aussi juste d'apporter une aide à la reconstruction des différents pays qui ont subi quarante ans de pression qui a eu pour conséquence une misère économique et une forte émigration dans toute l'Europe. Sans régimes totalitaires, il n'y aurait vraisemblablement pas ou très peu de réfugiés économiques. La problématique d'un éventuel afflux de migrants en provenance de l'Afrique du Nord doit être prise en considération et traitée, je vous l'ai dit, sur plusieurs plans: non seulement par des démarches humanitaires directement dans les pays concernés, ou par un soutien actif aux organisations internationales sur place, ou encore par une participation à la mission spéciale de contrôle de Frontex en Méditerranée, mais aussi, cela a été rappelé, par l'accord de Dublin entré en vigueur au mois de décembre 2008 pour la Suisse. Celui-ci doit être correctement mis en oeuvre par ses partenaires européens et notamment par l'Italie, qui est plus directement sollicitée. Ce sont des mesures traitées conjointement qui permettront de parer au mieux à un éventuel afflux massif de migration dans notre pays dans le respect de la loi mais aussi dans le respect des traditions humanitaires qui ont fait de la Suisse une nation des droits humains. |